Ludivine Bantigny / La plus belle avenue du monde / Rencontre

Jeudi 5 mars à 19h30

Une histoire sociale et politique des Champs-Élysées, des origines au Fouquet’s

Les Champs-Elysées sont un espace de projections fantasmées qui les dépeignent en avenue du luxe mondial, du plaisir et du pouvoir. En réalité, c’est un espace contesté, où s’éprouve la nouvelle guerre des classes. C’est ce que montrent aussi bien la « prise » répétée, de samedi en samedi, par les Gilets jaunes, que le côtoiement, à la fois feutré et violent, des domestiques et de leurs « maîtres ». C’est enfin un lieu populaire, où jeunes gens pauvres, stars du show-biz et mafias diverses se mélangent le temps d’une soirée.

Paris brûle-t-il ? Aux premiers samedis de décembre 2018, des scènes inouïes se déroulent sur les Champs-Élysées : des barricades sont en feu, des « Mariannes » affrontent des policiers, les vitrines de boutiques luxueuses sont brisées. Le pouvoir est visé et, avec lui, le Palais de l’Élysée : la peur s’installe au sommet de l’État. Quelques mois plus tard, le 16 mars, le Fouquet’s est saccagé. La cuirasse dont la célèbre brasserie s’enrobe ensuite, à la manière d’un sarcophage, semble parler de tout un monde enfermé là dans sa protection blindée : full metal Fouquet’s ironiseront certains. La symbolique est aussi puissante qu’inédite.

Ce livre propose de comprendre ce que signifie « prendre les Champs ». Il se plonge dans l’histoire de ce que d’aucuns nomment « voie royale », « voie de gloire » ou encore « voie sacrée ». Face à ces superlatifs qui dessinent depuis des siècles une mythologie sans cesse exacerbée, l’ouvrage invite au contrepied : au contre-champ. Recherche inédite à l’appui, fondée sur des archives foisonnantes et de nombreux entretiens, il plonge dans l’ambiguïté et la tension singulière des Champs-Élysées : avenue aristocratique et populaire, luxueuse et déviante, prestigieuse et contestée, toujours ostentatoire dans ses habits d’apparat mais mise à nu parfois dans les moments de révolte, d’insurrection et de révolution. « Les Champs » constituent un concentré de richesses et de démesure : ils permettent de saisir ce qu’est un « beau quartier », expression qui elle-même mérite nuance et distance. Mais c’est aussi un lieu intensément politique, où se nouent et se jouent bien des conflits, comme une métaphore du monde tel qu’il est et tel qu’il est disputé, attaqué, refusé. La « plus belle avenue du monde » est-elle aussi la plus rebelle ?

Ludivine Bantigny est historienne, maîtresse de conférences à l’université de Rouen Normandie. Elle a notamment publié La France à l’heure du monde (Seuil, 2013), 1968. De grands soirs en petits matins (Seuil, 2018), ou encore Révolution (Anamosa, 2019).

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