Marc Graciano / Liberté dans la montagne / Éditions Corti / Rencontre

Mercredi 6 février à 18h30, rencontre avec Marc Graciano pour son premier roman, Liberté dans la montagne aux éditions Corti.

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La rencontre peut-être écoutée ici.

Il est des livres qui vous happent et vous emmènent dès les premières pages. Ils vous prennent par les yeux d’abord, puis par la gorge et le cœur, puis par tous les pores de la peau : vous transpirez, vous avez peur, vous vivez avec les personnages. Ils ne vous lâchent plus et vous ne les lâchez plus. Même lorsqu’une pause s’impose et que la vie hors de l’acte de lecture reprend ses droits, les images persistent et vous hantent, elles s’impriment. Liberté dans la montagne, premier roman de Marc Graciano, publié aux éditions Corti fait partie de ceux-là, de ces grands livres à l’écriture tellement forte qu’une musique s’installe et que des images s’impriment.

A la lecture de cette lancinante musique, plein de mots manquent pourtant, des mots oubliés – faonner, abalourdir – mais on comprend, et si ces mots nous sont étrangers, ils existent, et ont alors cet étrange pouvoir de faire naître des images. Des images extrêmement puissantes et poétiques, des images vraies mais oniriques, des images qui mettent en appétit, d’autres terrifiantes ou touchantes, des images d’un temps très ancien où les hommes travaillaient avec leurs mains, chassaient, pêchaient, marchaient, tuaient. Un monde d’antan, moyenâgeux ou futuriste, un temps apocalyptique qui était, qui n’est plus ou qui adviendra. Un temps aussi qui révèle la part la plus sombre de l’homme, cet homme intemporel qui par amour, ou par manque d’amour peut alors se transformer en bête : « Deux êtres élevés dans un asile de charité. Dans les rigueurs d’une mauvaise religion. Deux êtres vils redressés dans un pace pour enfant. Le veneur dit dans un lieu sans aménité. Un lieu sombre et froid. Un lieu sans amour. Un lieu sans bonté. Un lieu âpre et glacé. Deux êtres qui s’en échappent à l’âge adulte raconta le veneur et qui se réfugient dans un village. Dans un marais. Un lieu oublié où ils sont accueillis. Où ils sont acceptés. Acceptés dit le veneur et il se tut un long moment en hochant la tête comme pour souligner son propos. Comme pour montrer à l’auditoire invisible qu’il s’était créé l’endroit primordial de son récit sur lequel l’attention devait porter. La chose étrange et rare qui était survenue. Deux  frères quasi semblables, raconta le veneur, qui travaillent comme des acharnés dans ce village où ils ont été adoptés. Deux êtres farouches. Deux êtres obscurs. Deux êtres obscurs et disgracieux. Deux êtres disharmonieux et, à côté d’eux, une fille blonde. Une fille lumineuse et belle, dit le veneur. Comme possédant un bien qui jadis leur aurait été dérobé. »

Liberté dans la montagne, c’est cette langue folle, faite de litanies qui vous envoûtent, cette langue qui pousse l’expression, augmente, répète, précise, en revenant indéfiniment sur les mêmes mots, les mêmes sujets. Liberté dans la montagne c’est une langue mais c’est tout autant une tension dramatique forte, et c’est là que ce texte est un grand texte : une langue, une histoire, une intemporalité, des personnages, et un monde qui nous échappe, qui n’est pas le nôtre, qui n’est plus le nôtre mais qui pourtant nous est familier.

Dans leur inexorable marche vers l’amont de la rivière, le vieux et la petite traversent une nature à la fois riche et dangereuse, splendide et sauvage, ils croisent des personnages aussi terrifiants qu’inoubliables, l’abbé, le géant ou le veneur. On avance avec eux, au rythme de ce vieux vigoureux et attentif, de cette enfant encore frêle mais si pleine d’énergie, de peurs et de questionnements comme seule la tendre enfance le permet encore. « La petite était sortie de l’infans. Elle avait les membres allongés et amincis par la croissance et elle était autonome dans ses déplacements et elle était capable d’un début de raisonnement et elle était capable de jugement et elle était aussi capable d’affirmer ses goûts naissants mais elle avait gardé cependant de la gaucherie et de la maladresse dans ses mouvements. Elle avait aussi conservé, comme une petite enfant, le besoin d’établir, à temps réguliers, un contact physique avec le vieux. Quelques fois aussi, la petite s’effrayait des choses et des êtres inconnus rencontrés sur le chemin et elle cherchait alors refuge dans les bras du vieux. 

Le vieux acceptait la petite dans ses bras chaque fois qu’elle le voulait. »

La quatrième de couverture nous le dit, Marc Graciano est né le 14 février 1966. Il vit au pied des montagnes aux confins de l’Ain et du Jura. Le 6 février prochain, de passage à Paris, il nous fera le grand honneur d’une escale au Monte-en-l’air. Venez le rencontrer !

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Un commentaire pour Marc Graciano / Liberté dans la montagne / Éditions Corti / Rencontre

  1. Le chatelier dit :

    Un très grand moment de littérature. Ma plus grosse émotion depuis (dans un autre genre) les bienveillantes. Je m’en souviendrais longtps. Merci

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