Sniper / Six / Editions Zones sensibles

Six de Sniper publié aux éditions Zones sensibles, rencontre avec l’éditeur, l’auteur et le graphiste vendredi 25 janvier à 18h30. Plus d’infos sur la rencontre par .

six couv

Pour écouter Sniper parler de son livre c’est ici.

Ici, tout est question de temps.

Mais d’humains d’abord, de ceux qui crient et gesticulent pour acheter ou vendre, de coursiers qui parcourent « les rues à toute allure pour crier les cotations les plus récentes dans les différents bureaux des intermédiaires humains ». Mais aussi de ceux, comme Henry Paulson, Sheldon Maschler, Thomas Petterffy, Josh Levine, humains ambitieux et visionnaires, qui pour gagner du temps, et donc de l’argent, observent, cherchent, croient dans le pouvoir des machines, bousculent les habitudes et innovent quelque soit le prix à payer.

« Je ne pense pas que vous pouvez faire ça » finit par lâcher l’inspecteur. Petterfy vacilla un instant […], mais le contrôleur repartit en promettant d’interroger sa direction. Il appela quelques jours plus tard pour confirmer ses doutes : un des points du règlement stipulait que les ordres devaient obligatoirement être saisis sur le clavier du terminal officiel. Pour Petterfy cela signifiait remettre un humain sur le clavier, et avec lui sa pause-sandwich, ses erreurs et sa lenteur. Inconcevable.
En une semaine […], avec l’aide de ses meilleurs ingénieurs, de beaucoup de câbles et de lignes de codes, il construisit une machine qui devait se comporter comme n’importe quel humain face à l’écran du terminal […]. Avec des bouts de caoutchouc et des pistons, les ingénieurs fabriquèrent des mains artificielles qui tapaient à la machine automatiquement. Et rapidement. […]
Lorsque l’inspecteur du NASDAQ revint une semaine plus tard pour vérifier que tout était en ordre, il se trouva face à un cyborg pourvu d’un œil énorme et de doigts artificiels, un mélange de mécanique du XIXème siècle, d’optique des années 1970 et de code informatique dernier cri. Il regarda la machine s’agiter bruyamment sur son clavier. Petterfy sentit que la situation allait lui échapper et joua son va-tout, avec humour, en proposant de construire un mannequin autour du robot, comme pour donner l’illusion qu’il s’agissait d’une secrétaire en train de taper à la machine, mais l’inspecteur quitta les bureaux sans plus de commentaire. Il n’avait pas grand-chose à dire : le cyborg respectait les règles. »

Si ce passage peut faire sourire, s’il est possible d’imaginer ce cyborg cyclope, peu à peu le compte à rebours est lancé et les chapitres à l’ordre décroissant -6, 5, 4, 3, 2, 1- s’enchaînent et donnent le vertige. On voit des hommes qui, à force de gagner du temps, deviennent eux-mêmes les proies d’un système qu’ils ont construit et qui leur échappe. Un système où les machines prennent le pouvoir. Si tel un humain, un algorithme « s’échappe », plus rien n’est maîtrisé et tout s’écroule en quelques millisecondes. Plus rien de matériel ni de concret ne semble se passer et l’enjeu financier, la complexité, le virtuel et la dématérialisation rendent alors toute forme d’images impossible pour le commun des lecteurs de cet ouvrage vertigineux : bienvenue dans le monde du trading à haute fréquence !

Les acteurs se nomment alors Sumo, Blast, Guerilla, Shark, Razor, etc. des algorithmes dont on notera les noms guerriers. Désormais, tout passe par eux. Plus de criée, ni de coursier mais des algorithmes, de la fibre optique et des micro-ondes.

Leurs pères humains, pourtant si confiants à leurs débuts, se trouvent ainsi soumis à la folle et insaisissable temporalité des monstres dont ils ont accouché : « Après la Seconde Guerre mondiale, un titre appartenait à son propriétaire pendant quatre ans. En 2000, ce délai était de huit mois. Puis de deux mois en 2008. En 2013, un titre boursier change de propriétaire toutes les 25 secondes en moyenne, mais il peut tout aussi bien changer de main en quelques millisecondes. […] les machines tentent d’aller de plus en plus vite dans le but de saisir une opportunité qui aurait échappé aux concurrents en raison de leur inattention ou de leur lenteur. Chaque milliseconde compte : « trois millisecondes dans le temps informatique représentent une heure de temps humain », affirme un spécialiste. »

Un livre vertigineux, une couverture qui, comme Alexandre Laumonier sait si bien le faire, vient élégamment et discrètement appuyer le propos du livre. Les éditions Zones sensibles n’ont décidément pas fini de nous étonner, venez les rencontrer !

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Un commentaire pour Sniper / Six / Editions Zones sensibles

  1. JEANVOINE Michel dit :

    Où charger ce livre numérique…si celui est numérisé. Merci de votre réponse.

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