Flatland & 6 / Éditions Zones sensibles / Lancement et rencontre

Vendredi 25 janvier à 18h30, rencontre autour des éditions Zones sensibles.

Peut-être avez-vous déjà croisé les élégantes éditions belges Zones sensibles, avec entre autres choses, la sobriété de la couverture blanche d’Une brève histoire des lignes, le cri cartographique munchien de Yucca Mountain, et puis la couverture noire en 3D de Flatland ?

A l’occasion de la publication de leur cinquième livre, « 6″, les éditions Zones sensibles nous font le grand honneur de descendre de Bruxelles pour une rencontre avec son directeur, Alexandre Laumonier, en compagnie de Philippe Blanchard, traducteur de « Flatland » et de Bernard Hoepffner, traducteur.

Il y sera question de Flatland d’Edwin A. Abbott mais aussi de « 6« , le prochain livre de Zones sensibles à paraître en février 2013 et qui porte sur le trading à haute fréquence, avec la présence de Sniper, l’auteur de l’ouvrage. De la géométrie de « Flatland » aux algorithmes de « 6 », cette rencontre sera également l’occasion de parler du talent de graphiste d’Alexandre Laumonier et des futurs projets de Zones sensibles.

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Pour écouter la rencontre avec Alexandre Laumonier c’est ici.

Flatland de Edwin A. Abbott
Traduit de l’anglais par Philippe Blanchard.

C’est avec une courte préface de Ray Bradbury que s’ouvre cette nouvelle édition d’un livre mythique : Flatland. Ecrit en 1884 par un théologien anglais, Edwin Abbott Abbott (1838-1926), Flatland est une allégorie politico-graphique, quelque part entre Lewis Carroll, Jonathan Swift et George Orwell. L’ouvrage est écrit par un carré qui vit dans un monde à deux dimensions : Flatland. Les femmes y sont des lignes, les soldats des triangles isocèles aux angles saillants, les cercles sont des prêtres (plus une figure a de côtés, plus elle est élevée socialement). Après avoir décrit en long et en large son monde bidimensionnel (un univers en noir et blanc un jour perturbé par l’arrivée de la couleur), le carré visite Lineland (un monde réduit à une seule ligne) avant de recevoir la visite étrange d’un habitant de Spaceland : une sphère. Ses convictions en seront changées à jamais…
Flatland, avec son style parfois ironique, peut se lire de diverses manières : il s’agit autant d’un ouvrage de vulgarisation mathématique accessible à tous (de 7 à 77 ans) qu’une critique des relations sociales de l’époque victorienne. Mais on peut aussi y déceler les propos d’un carré dont la foi vacille… Salué par certains (Ray Bradbury ou Isaac Asimov) comme l’un des textes précurseurs de la science fiction, cette nouvelle édition de Flatland reprend la meilleure des deux traductions françaises parues à ce jour, offre au lecteur une couverture en trois dimensions digne des mystères de Spaceland et une mise en page aux formes diverses. Comme l’écrit Ray Bradbury, la fête commencera lorsque le lecteur aura tourné la première page du livre. Faites-le sans attendre !

Bradbury : « Faites-vous aussi plat qu’une crêpe et glissez-vous dans ce livre, vous en ressortirez avec une fabuleuse conceptualisation de nos mœurs, de nos faiblesses et de nos chauvinismes, réalisée toutefois par le biais d’une métaphore indolore et par conséquent stimulante. Edwin A. Abbott prétend faire une chose mais en fait une autre en réalité. Sans vous méfier, vous vous approchez furtivement pour regarder par-dessus son épaule. C’est le moment qu’il choisit pour se retourner d’un bond en s’écriant « Je t’ai bien eu ! » avant de vous aplatir à bord de son rouleau compresseur littéraire. Vous réalisez trop tard qu’on vous a distrait tout en vous donnant une bonne leçon. Dans une introduction antérieure à celle-ci que j’ai relue lorsque j’écrivais ces lignes, je suis tombé sur une phrase empreinte de condescendance : « Il ne s’agit pas d’un futile récit de science-fiction. Cet ouvrage a pour but de vous instruire, et il est écrit avec finesse et virtuosité. » Sottises. Comme si tout bon récit de science-fiction n’était pas instructif et ne visait pas constamment la finesse et la virtuosité. Mais surtout, que Dieu nous entende, la science-fiction a pour but de divertir. Flatland nous offre un véritable festival de concepts qui s’avèrent instructifs. Distinguons bien les choses. Dieu nous préserve des samaritains littéraires désireux de nous « améliorer ». Ce genre de choses mène aux Inquisitions et aux pelotons d’exécution. Souhaitons à ces énergumènes de tomber nez à nez avec un Isocèle aux angles aigus pris d’une crise d’éternuements et que celui-ci leur inflige une blessure fatale ! Mais pour le moment, Flatland vous attend. La fête commencera, ami lecteur, dès que vous aurez tourné cette page. Faites-le sans attendre et glissez-vous à l’intérieur.
Ray Bradbury

« 6 » Traduit à partir de 0 et de 1 par Ervin Karp.

6 est le premier ouvrage français consacré au trading à haute fréquence – expression qui désigne la manière dont des algorithmes achètent et vendent des titres boursiers en quelques millisecondes, dont les activités représentent aux Etats-Unis 70% des transactions boursières, et 30% en Europe. Il s’agit non pas d’un ouvrage technique sur les marchés financiers contemporains, mais d’une anthropologie des relations entre les hommes et les machines au sein de ces marchés. En six épisodes denses mais haletants, 6 est un ouvrage fascinant où est mise en lumière la manière dont les humains ont fabriqué – parfois sans le vouloir – des technologies qui aujourd’hui les dépassent.

Extrait : « Je ne porte pas de costume et les limousines ne m’impressionnent pas. Je ne dîne pas dans des restaurants quatre étoiles. Je ne porte pas de casquette avec le logo de mes employeurs car je n’ai ni tête ni visage, et depuis la crise économique mondiale de 2007 je n’ai cessé d’envahir les marchés financiers.
Je travaille au 1 700 MacArthur Boulevard, à Mahwah, une banlieue endormie du New Jersey située à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Wall Street. Mon bureau est grand comme sept stades de football américain, mais je n’en occupe pas la totalité : l’espace où je travaille ne fait que quelques centimètres carrés, loués tout spécialement à Mahwah par mes employeurs pour une somme que j’estime entre 10 000 et 25 000 dollars par mois. Comme certains étudiants je vis en colocation. Ceux qui partagent le réfrigérateur avec moi s’appellent Dagger, Sniffer, Guerrilla, Shark ou Razor, et tous sont autant de concurrents potentiels que je scrute attentivement à longueur de journée.
Je travaille de 9h30 à 15h30, sans relâche et si vite que je prends des décisions en bien moins de temps qu’il n’en faut à un être humain pour cligner de l’œil.
Bienvenue dans le monde du trading à haute fréquence. »

Six de Sniper aux éditions Zones sensibles

Ici, tout est question de temps.

Mais d’humains d’abord, de ceux qui crient et gesticulent pour acheter ou vendre, de coursiers qui parcourent « les rues à toute allure pour crier les cotations les plus récentes dans les différents bureaux des intermédiaires humains », mais aussi qui,comme Henry Paulson, Sheldon Maschler, Thomas Petterffy, Josh Levine, humains ambitieux et visionnaires qui, pour gagner du temps, et donc de l’argent, observent, cherchent, croient dans le pouvoir des machines, bousculent les habitudes et innovent quelque soit le prix à payer.

« Je ne pense pas que vous pouvez faire ça » finit par lâcher l’inspecteur. Petterfy vacilla un instant […], mais le contrôleur repartit en promettant d’interroger sa direction. Il appela quelques jours plus tard pour confirmer ses doutes : un des points du règlement stipulait que les ordres devaient obligatoirement être saisis sur le clavier du terminal officiel. Pour Petterfy cela signifiait remettre un humain sur le clavier, et avec lui sa pause-sandwich, ses erreurs et sa lenteur. Inconcevable.
En une semaine […], avec l’aide de ses meilleurs ingénieurs, de beaucoup de câbles et de lignes de codes, il construisit une machine qui devait se comporter comme n’importe quel humain face à l’écran du terminal […]. Avec des bouts de caoutchouc et des pistons, les ingénieurs fabriquèrent des mains artificielles qui tapaient à la machine automatiquement. Et rapidement. […]
Lorsque l’inspecteur du NASDAQ revint une semaine plus tard pour vérifier que tout était en ordre, il se trouva face à un cyborg pourvu d’un œil énorme et de doigts artificiels, un mélange de mécanique du XIXème siècle, d’optique des années 1970 et de code informatique dernier cri. Il regarda la machine s’agiter bruyamment sur son clavier. Petterfy sentit que la situation allait lui échapper et joua son va-tout, avec humour, en proposant de construire un mannequin autour du robot, comme pour donner l’illusion qu’il s’agissait d’une secrétaire en train de taper à la machine, mais l’inspecteur quitta les bureaux sans plus de commentaire. Il n’avait pas grand-chose à dire : le cyborg respectait les règles. »

Si ce passage peut faire sourire, s’il est possible d’imaginer ce cyborg cyclope, peu à peu le compte à rebours est lancé et les chapitres à l’ordre décroissant -6, 5, 4, 3, 2, 1- s’enchaînent et donnent le vertige. On voit des hommes qui, à force de gagner du temps, deviennent eux-mêmes les proies d’un système qu’ils ont construit et qui leur échappe. Un système où les machines prennent le pouvoir. Si tel un humain, un algorithme « s’échappe », plus rien n’est maîtrisé et tout s’écroule en quelques millisecondes. Plus rien de matériel ni de concret ne semble se passer et l’enjeu financier, la complexité, le virtuel et la dématérialisation rendent alors toute forme d’images impossible pour le commun des lecteurs de cet ouvrage vertigineux : bienvenue dans le monde du trading à haute fréquence !

Les acteurs se nomment alors Sumo, Blast, Guerilla, Shark, Razor, etc des algorithmes dont on notera les noms guerriers. Désormais, tout passe par eux. Plus de criée, ni de coursier mais des algorithmes, de la fibre optique et des micro-ondes.

Leurs pères humains, pourtant si confiants à leurs débuts, se trouvent ainsi soumis à la folle et insaisissable temporalité des monstres dont ils ont accouché : »Après la Seconde Guerre mondiale, un titre appartenait à son propriétaire pendant quatre ans. En 2000, ce délai était de huit mois. Puis de deux mois en 2008. En 2013, un titre boursier change de propriétaire toutes les 25 secondes en moyenne, mais il peut tout aussi bien changer de main en quelques millisecondes. […] les machines tentent d’aller de plus en plus vite dans le but de saisir une opportunité qui aurait échappé aux concurrents en raison de leur inattention ou de leur lenteur. Chaque milliseconde compte : « trois millisecondes dans le temps informatique représentent une heure de temps humain », affirme un spécialiste. »

Un livre vertigineux, une couverture qui, comme Alexandre Laumonier sait si bien le faire, vient élégamment et discrètement appuyer le propos du livre. Les éditions Zones sensibles n’ont décidément pas fini de nous étonner.

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3 commentaires pour Flatland & 6 / Éditions Zones sensibles / Lancement et rencontre

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  2. Ping : Sniper / Six / Editions Zones sensibles | Le Monte-en-l'air / Librairie-galerie

  3. Ping : « Qui sait que la bourse de Paris est aujourd’hui dans un hangar dans la banlieue de Londres ?  « « leurdette

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